Éviter "une société où la surveillance dissimulée deviendrait la norme": une association de défense des consommateurs appelle la Commission européenne à agir face au danger des lunettes connectées pour la vie privée

BFM Business Kesso Diallo
placeholder video
Ajouter BFM à vos sources préférées sur Google
Le BEUC, organisation européenne regroupant plusieurs associations de protection des consommateurs, a envoyé une lettre à Bruxelles, l'exhortant à "examiner, en priorité absolue" les risques que présentent les lunettes connectées, notamment les Ray-Ban Meta.

La Commission européenne doit ouvrir les yeux sur le danger des lunettes connectées. S'inquiétant de la menace que les Ray-Ban Meta et autres modèles représentent pour la vie privée, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a récemment adressé une lettre à Bruxelles.

L'organisation y appelle la Commission européenne, ainsi que le Comité européen de la protection des données "à examiner, en priorité absolue, les risques présentés par cette technologie".

Le BEUC, qui regroupe des associations de protection des consommateurs, s'inquiète surtout des "fonctions de surveillance cachées" qui sont proposées sur les lunettes connectées. Ressemblant à des lunettes classiques, elles disposent notamment de caméras permettant à leurs porteurs d'enregistrer des personnes à leur insu et sans leur consentement. Et celles-ci ne peuvent compter que sur un voyant lumineux, qui n'est pas toujours visible, pour savoir qu'elles sont filmées.

Un appareil, plusieurs dangers

Ce voyant peut également être caché ou trafiqué. "Cela constitue une menace directe pour la vie privée des consommateurs. (...) De telles images peuvent révéler des données sensibles concernant la santé, les convictions ou les opinions politiques d'une personne, et peuvent être publiées en ligne en quelques secondes, voire être collectées ultérieurement pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle", met en garde le BEUC.

"L'enregistrement à l'insu des personnes fait également peser des risques graves de harcèlement et de diffusion d'images sans consentement, les femmes et les enfants étant les plus exposés", ajoute l'organisation.

Meta, leader du marché des lunettes connectées, a aussi conscience de ce danger. Fin août, le géant américain a déployé une mise à jour qui désactive la caméra de ces produits dès que le voyant lumineux est couvert ou a été trafiqué pour masquer la preuve que les lunettes filment. Mais pour le BEUC, ce n'est pas suffisant, surtout avec les éventuels projets du groupe californien pour ses Ray-Ban Meta.

L'organisation rappelle notamment que l'entreprise a intégré une fonction de reconnaisance faciale dans le code de son application, Meta AI, sans prévenir les utilisateurs. "Cela expose les personnes à davantage de comportements indésirables et de profilage, tout en étendant la surveillance aux espaces physiques", a-t-elle averti.

placeholder video

Mais quelques jours après cette révélation, qui remonte à début juin, Meta a fait marche arrière, retirant la fonction du code de son application face aux critiques. Rien ne dit cependant que le groupe dirigé par Mark Zuckerberg a renoncé à ce projet. Sans compter qu'il testerait également des lunettes connectées capables de tout voir et de tout entendre afin de capturer chaque moment de la vie de l'utilisateur.

"Agir de toute urgence"

Le BEUC plaide, lui, pour l'interdiction pure et simple de l'identification biométrique à distance avec les lunettes connectées. "Il est essentiel d'agir de toute urgence afin d'assurer la sécurité juridique, alors que d'autres grandes entreprises technologiques s'apprêtent à lancer prochainement des appareils concurrents", a insisté l'organisation.

Outre un examen des dangers liés à cette technologie, elle appelle également à mener une évaluation afin de déterminer si les règles numériques actuelles de l'Union européenne, à l'instar de l'IA Act, sont adaptées pour protéger efficacement les consommateurs contre les préjudices causés par ces appareils. Cet appel à agir pourrait aboutir à l'introduction de règles plus strictes telles que l'interdiction des objets connectés permettant une surveillance secrète dans certains espaces publics, estime le BEUC.

placeholder video

Pas de doute cependant sur la responsabilité des fabricants pour l'organisation. "Une réponse réglementaire européenne efficace doit imposer aux fabricants d'intégrer la protection de la vie privée dès la conception et par défaut dans ces produits. (...) Les obligations des fabricants doivent porter sur la conception des produits, les paramètres par défaut, les flux de données et les garanties techniques", affirme-t-elle.

Autant de changements qu'elle juge nécessaire pour éviter que l'Europe ne finisse par être "une société où la surveillance dissimulée deviendrait la norme, tant dans les espaces publics que privés".