La France organisera l’Esports World Cup à la place de l’Arabie saoudite, la "Coupe du monde du jeu vidéo" aura lieu à Paris en juillet prochain
Ça s’est décidé en quelques jours, puis négocié pendant quelques semaines en coulisses. "A l'issue d'un processus d'évaluation approfondi et au regard du contexte régional actuel, l'Esports Foundation a décidé d'accélérer cette ambition de rotation internationale dès l'édition 2026", explique un communiqué officiel.
Des échanges entre Mohammed Ben Salman et Emmanuel Macron ont en paralllèle acté la situation. Alors que l’Arabie saoudite devait organiser l’Esports World Cup (EWC) l'été prochain à Ryad, la guerre entre l’Iran et les États-Unis, ainsi que les dommages collatéraux sur les pays du Golfe ont poussé le pays de la péninsule arabique à renoncer à l’organisation de l’événement qui devait asseoir son implication dans le jeu vidéo.
20 ans après la tenue de la première Esports World Cup à Paris initiée par Matthieu Dallon, l’Hexagone hérite donc de l’organisation de l'EWC, compétition qui opposera "plus de 2 000 joueurs et 200 clubs venus de plus de 100 pays", détaille le communiqué officiel. Les esportifs "s'affronteront sur 24 jeux à travers 25 tournois pour se partager une dotation record de plus de 75 millions de dollars" pour les meilleurs clubs. Car à la différence de l'Esports Nations Cup, la prestigieuse compétition s'apparente à un vaste championnat du monde des clubs et non des pays, même si Ryad se rêvait encore plus grand avec la mise en suspens du projet de Semaine esport olympique par le CIO.
Un changement de lieu géographique pour ce qui devait être le climax de la scène esport mondial, mais un format (qualifications et tournoi final) qui reste le même.
"C’est vraiment Macron qui a obtenu l’événement, confie à BFM Tech une source proche du dossier. "Il s’est vraiment battu pour avoir l’événement et ses bonnes relations avec MBS (Mohammed Ben Salman, NDLR) ont aidé à damer le pion à d’autres pays qui avaient été pressentis".
Le Grand Palais de Paris, des Jeux olympiques aux Jeux esport?
C’est Paris qui a été choisi pour accueillir l’EWC, l'événement lancé en 2024 en grande pompe par l'Arabie saoudite à Ryad. L’Accor Arena ou l’Adidas Arena ont déjà hébergé par le passé de grands évènements esportifs et les lieux capables d'accueillir une telle ferveur ne manquent pas.
Et si c'était un site encore plus emblématique pour servir d'écrin à cette compétition historique? On pourrait se prendre à rêver de tournois de Valorant, Trackmania, Tekken 8 ou autre au Grand Palais, après l'escrime ou le judo. C'est en tout cas ce que nous laissait entendre, il y a quelques jours, une source proche du dossier, tout en précisant que les discussions sur le lieu final n'étaient pas encore arrêtées. Les candidats seront loin de manquer.
Ce lieu iconique des Jeux Olympiques 2024 créerait ainsi un lien symbolique avec un des plus grands événements sportifs planétaires, dont l’Esports World Cup rêve d'être le double vidéoludique.
Reste désormais à s’approprier l’événement et en faire la promotion "jusqu’en Chine". "Le fait que ce soit en Europe, ça le rend aussi beaucoup plus accessible", nous explique-t-on. "Le monde entier va en parler".
Terre d’esport de longue date, la France soigne ainsi son rayonnement international. En juin 2022, lors d’une réception à l’Élysée de l’esport français, le président Macron avait promis l’organisation de grands événements esports dans le pays dans les prochaines années.
Après la tenue du Major Counter Strike: GO en 2023, ponctuée d’une victoire de Team Vitality, l’Hexagone avait accueilli par la suite des finales européennes de League of Legends (2024), mondiales de Fortnite, Rocket League et Valorant (2025), le Six Invitational en février dernier et le retour de Rocket League à Paris à la fin du mois. La France a surtout obtenu l’EVO délocalisé pour la première fois en Europe, à Nice en octobre dernier. La Cité de la baie des Anges sera à nouveau le théâtre de la plus grande compétition de jeux de combat à l’automne prochain.

"La France, 3e pays esport au monde"
Selon plusieurs études de retombées dont BFM Tech a eu connaissance, l’EVO aurait rapporté près de 11 millions d’euros à la ville de Nice. Un mois de compétition à Paris, avec des fans toujours prompts à soutenir leur équipe et donc leur pays, et l’impact économique pour la capitale pourrait atteindre facilement les 300 à 400 millions d’euros le temps de l’EWC, voire beaucoup plus de retombées financières sur le très long terme.
Il est désormais question de rayonnement international pour la France. Un tel événement mondial, qui devait aussi illustrer le soft power de l’Arabie saoudite par le jeu vidéo, est un accélérateur incroyable pour la France, considérée comme l’un des moteurs de l’esport mondial, avec ses succès en compétition, ses fans au top et son engouement qui n’en finit plus.
"La France est le 3e pays au monde au niveau de l'esport", estimait Robbie Beck, CEO de Blast, organisateur des principales compétitions dans Multijoueurs, le 9 avril dernier. "Vous avez des énormes équipes très présentes et un public hyper demandeur, une qualité de production des événements incroyables."
Organiser l’Esports World Cup consacre ainsi la politique esports voulus par le chef de l’État depuis de nombreuses années. C’est aussi une forme de reconnaissance politique pour une industrie en plein essor où les représentants tricolores (Vitality, Gentle Mates, Karmine Corp, etc.) brillent régulièrement. La France a l’ambition de devenir moteur sur la scène mondiale et une grande nation de l’esport. Elle tient là une occasion en or tout aussi historique qu'inespérée.