Prise en main de l’iPhone Duo: la recette peaufinée d'Apple pour faire trembler Samsung et plier le marché à sa vision
Sept ans. Voilà sept ans que le marché du smartphone pliant ne demande qu’à éclore réellement. Sept ans que Samsung a ouvert la voie avec son tout premier Galaxy Fold, ses promesses et ses défauts, après dix ans de travail, notamment sur la charnière. Malgré les multiples acteurs qui se sont lancés eux aussi dans la bataille, de Honor à Google en passant par Motorola, aucun n’a vraiment réussi à faire passer le segment à une autre étape. La maturité a fait son chemin, les modèles ont évolué. Il ne lui manquait finalement peut-être qu’un déclencheur pour dépasser enfin les 2% de ventes du marché des smartphones.
Apple a, comme toujours, les moyens d’être ce détonateur tant attendu du segment. Même si le cas du Vision Pro a démontré qu'un produit exceptionnel ne suffit pas, encore faut-il satisfaire une demande réelle à un prix qui ne soit pas un frein à sa satisfaction. Quoi qu'il en soit, mercredi à Cupertino, la marque a présenté l’iPhone Duo, son tout premier smartphone pliant et son premier vrai changement de design depuis l’iPhone X. S’il n’est pas pionnier de son secteur, ce smartphone pliant arrive avec quelques sérieux arguments pour se faire une place de choix. Retour sur nos premières impressions.
Passeport pour le succès
Comme murmuré, Apple a fait le choix d’un format passeport (11,78x8,41x1,13cm), format déjà aperçu sur le Galaxy Z Fold 8, de Samsung, ou les récents modèles de Xiaomi, d’Oppo ou encore Huawei. Il tient parfaitement en main et se glisse aisément dans la poche arrière d’un jean. Ce qui frappe à la première approche, c’est ce format si petit quand on a l’habitude des iPhone de plus en plus grands. Il aurait fallu comparer son gabarit à celui de feu les iPhone 12/13 mini.
Son boîtier est en titane (ciel nocturne ou blanc stellaire), plus léger et plus résistant que de l’aluminium, avec une face avant renforcée en Ceramic Shield 2 et le dos en Ceramic Shield 1re génération. De quoi résister aux chocs et rayures même appuyés, mais aussi à l’immersion (jusqu’à 6 mètres pendant 30 minutes) et aux poussières grâce à sa certification IP68. À ce titre, il fait aussi bien que le Google Pixel 11 Pro Fold et le Honor Magic V6, mais bien mieux que le Galaxy Z Fold 8 (IP48).

Apple a fait le choix de bords extérieurs arrondis à la différence de Samsung qui a des bords droits. Cela donne une autre approche visuelle plus en rondeur. Une fois ouvert, il n’est pas complètement carré (16,46x11,78cm) et, paradoxalement, son épaisseur n’est pas divisée par deux. L’iPhone Duo affiche alors 0,52cm d’épaisseur, soit entre l’iPad Pro (0,51cm) et l’iPhone Air (0,56cm) - ce qui lui permet de revendiquer le titre d'iPhone le plus fin. On le tient aisément à une main en format paysage comme portrait tant sa faible épaisseur sur la longueur joue en sa faveur, puisque sa partie la plus épaisse se situe au niveau de son module photo.
On est dans l’idée ergonomique d’un carnet de notes, avec un smartphone plus trapu que le Galaxy Z Fold 8 - légèrement moins large ouvert et un peu plus longiligne de manière générale, mais surtout plus lourd que son rival direct chez Samsung (254g pour l’iPhone Duo contre 201g pour le modèle coréen).
L’iPhone Duo sera d’ailleurs compatible avec le stylet Apple Pencil USB-C. Mais c’est la bonne idée pour généraliser son utilisation en misant sur une compacité qui voit plus grand. S’il tient dans une main, le Duo ne peut cependant pas s’ouvrir d’une main.

La charnière est solide (titane grade 5) et maligne avec son système d’ouverture à la fois (paradoxalement) fluide et résistant. Il n’y a aucun jeu mécanique et, lorsqu’il est ouvert, l’iPhone Duo l’est vraiment à plat et l’on entend un claquement magnétique très net. C’est solide et clairement pensé pour de multiples ouvertures. Les boutons sont disséminés de chaque côté de façon à être toujours accessibles, quel que soit le sens d’utilisation, ouvert ou fermé. À noter que Face ID n’est pas présent et remplacé par Touch ID, logé dans le bouton latéral, comme sur l'iPhone Air. Ce qui fait dire que la caméra TrueDepth aurait besoin de s'affiner pour se glisser dans des modèles aussi peu épais.
Pour fluidifier les usages, il est aussi possible de déverrouiller son Duo via l’Apple Watch, comme pour les Mac, avec lesquels le nouvel iPhone semble partager pas mal de fonctions et une approche philosophique du multitâche.
Le coup de génie technologique pour faire disparaître la pliure
Mais là où l’on voit tout de suite Apple marquer sa différence, c’est sur l’écran. Fermé, c’est un écran externe Super Retina XDR (Oled) de 5,4 pouces (90% de la surface d’affichage d’un iPhone 18 Pro) très lumineux, avec sa caméra selfie de 12 Mpx (avec cadre centré pour les appels). Au dos, on trouve un système à deux caméras Fusion (ultra grand-angle de 48 Mpx et capteur principal grand-angle 48 Mpx (zoom x2), vidéo en 4K Dolby Vision à 120 ips). On est loin de la proposition photo de l’iPhone 18 Pro (3 capteurs de 48 Mpx dont un téléobjectif et un capteur principal à ouverture variable). C’est sans doute sur ce point que la proposition du Duo risque de faire grincer des dents. On est plus proche de l'appareil photo de l'iPhone 17 (voire 17e) que du haut de gamme maison. Il faudra s'y attarder au moment de notre test, car nous n'avons pas eu le temps de le vérifier pendant notre prise en main.

Mais la photo n’est pas sa raison d’être. C’est avant tout sa double proposition de petit format et format déplié. Et là, c’est un large écran Super Retina XDR (Oled) de 7,6 pouces qui s’offre à nous (50% plus grand que celui de l’iPhone 18 Pro Max). Petite subtilité, il est recouvert d’une finition nano-texturée qui fait toute la différence. Tout d’abord, parce qu’il permet d’effacer un problème originel des smartphones pliants: la pliure visible. Le revêtement antireflet non seulement permet de lire en toutes conditions de luminosité (jusqu’à 3.000 nits), mais il "lisse" l’écran pour la faire disparaître. On verra ce que cela donne après de nombreuses ouvertures et fermetures, mais le premier effet surpasse déjà la très grande majorité de la concurrence, voire toute.
Autre joli coup technologique réalisé par Apple: la caméra FaceTime est dissimulée sous l’écran et à peine visible. Il faut bien la chercher pour la voir et ne pas la confondre avec un éventuel élément de votre fond d’écran. Elle ne gêne donc pas la surface d’affichage, ne l’ampute pas d’éventuels points ou bandes noirs quand vous lancez un film ou jouez. Apple n’a rien voulu détailler de son capteur. Il n’est visiblement pas aussi pointu que ceux au dos de l’appareil, la technologie n’étant pas encore très avancée pour se le permettre. Cette caméra a néanmoins le mérite d’être présente et discrète, de pouvoir servir lors, par exemple, des appels FaceTime à trois, en filmant quelqu’un avec les caméras externes et vous avec celle sous l’écran.

Plus de 2.300 euros
L’écran est une sacrée prouesse réussie par Apple. Il est au cœur de la promesse du produit. Encore faut-il en faire bon usage ou au moins le permettre. Et la force de la firme de Cupertino, c’est sans doute d’être comme toujours d’un bout à l’autre de la chaîne de développement du produit. Si la partie design et matérielle apparaît très réussie, il faut qu’elle ait le système d’exploitation adéquat. C’est la force d’Apple de pouvoir ajuster selon ses besoins, là où les Samsung, Honor ou Huawei doivent s’adapter à Android.
On a rarement vu une telle fluidité dans les animations d’ouverture et de fermeture pour jouer la continuité entre les écrans. Il est d’ailleurs à signaler que le passage d’un écran nano-texturé interne à un écran Oled externe ne gêne pas la vision ni ne choque l’œil. La continuité d’affichage permet de se concentrer sur les infos à l’écran, pas sur son changement de nature.
Par rapport à l’iPhone 18 Pro, l’iPhone Duo n’est pas juste un agrandissement d’écran et des usages identiques. Le nouvel iOS 27 est pleinement repensé pour tirer parti des deux moitiés d’écran. Le glisser-déposer semble plus naturel et plus facile entre applications. On peut afficher facilement deux apps côte à côte, jouer sur le ratio entre les menus et la surface d’information d’une app. La puce A20 Pro qui l’équipe apporte la puissance suffisante pour rendre tout simple et fluide. Le Duo peut aussi être posé en mode ouverture à 90° pour prendre des photos ou pour simplement regarder une vidéo. On aime la pose au format tente pour le transformer en horloge ou réveil (avec la lumière de l’écran intérieur qui fait effet aube à ce moment-là).
En arrivant avec sept ans de retard sur un marché du pliant encore confidentiel, Apple n’avait pas droit au faux pas mécanique. De ce point de vue, le tour de force est indiscutable. En éliminant la pliure sous le doigt et en adaptant iOS sans frictions, le fabricant californien livre sans doute le smartphone pliant le plus abouti de l’industrie dès son premier essai.
Mais à 2.339 euros le ticket d’entrée - contre 1.990 euros pour le Galaxy Z Fold 8-, l’iPhone Duo ne cherche pas à démocratiser le segment du jour au lendemain. C’est un pur produit de rupture statutaire, un équivalent de l’iPhone X ou de l’Apple Watch Ultra, conçu pour réenchanter le matériel et installer le standard technologique des dix prochaines années. Reste désormais à tester pour voir si l’autonomie et les compromis photo tiendront la distance, et si ce bijou d’ingénierie suffira à convaincre les utilisateurs de franchir le pas… du portefeuille.

Prix et disponibilité de l’iPhone Duo
L’iPhone Duo sera disponible en ciel nocturne (bleu nuit) et blanc stellaire le 23 octobre (précommande dès le 16 octobre) à partir de 2.339 euros avec 256 Go de stockage.