Combat de robots, catapulte et train sur la moquette: plongée dans l’ambiance de l’ultime ZEvent, le marathon caritatif sur Twitch qui a fait exploser tous les compteurs

BFM Business Salomé Ferraris
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Du 3 au 7 septembre, plus de 80 streameurs se sont réunis à Montpellier pour la dixième et dernière édition du ZEvent, le marathon de stream de ZeratoR et Dach. Pendant deux jours et demi, les défis loufoques se sont enchaînés dans un joyeux chaos. Plus de 32 millions d’euros ont finalement été récoltés pour 22 associations.

Au bout de quelques heures, plus personne ne sait vraiment quelle heure il est. Il faut dire que les écrans ont envahi la salle de stream, ce samedi 4 septembre. Partout, des câbles, des lumières, des caméras, des streamers. Beaucoup de confettis et encore plus de canettes de boissons énergisantes. Et, au milieu de tout ce bazar, un chiffre qui change sans arrêt. Ce compteur, c’est celui de la cagnotte du ZEvent 2026, le marathon caritatif organisé sur Twitch depuis dix ans par les streameurs ZeratoR et Dach.

Pour son ultime édition, le duo a réuni une dernière fois la grande famille du streaming français pour trois jours de live. Plus de 80 streameurs sont présents sur place. Parmi eux, Doigby, Domingo, EnjoyPhoenix, Joueur du grenier ou encore Baghera et Amixem. S'ajoutent à cela quelque 300 créateurs de contenu en ligne.

Laisser place à l’imprévu

Tous tentent de récolter un maximum d’argent en 50 heures de live. Les fonds obtenus seront reversés aux 22 associations soutenues depuis la première édition, comme l’Institut Pasteur, Médecins sans frontières, Action contre la faim, la WWF, la Croix-Rouge française ou encore Amnesty International.

Ici, pas de scénario ni de grille de programme immuable. Les heures passent au gré des lives et des idées parfois improvisées. Un streamer lance un objectif de dons, un autre promet un défi, un troisième débarque dans un live voisin. Et pendant ce temps, le compteur tourne. "C’est un chaos organisé", note Nicolas Merceret, responsable marketing et communication à ZQSD Productions.

Effectivement, le samedi après-midi, lorsque BFM Tech traverse la salle de stream, on ne sait plus où donner de la tête. Des faux billets de banque jonchent le sol de la salle. Un robot vient nous attaquer presque dès notre arrivée alors qu’en fond, Nico se fait épiler et hurle de douleur.

Entre-temps, le train de Sylvain est passé à toute vitesse dans la salle. ZeratoR, Nicola et Horty proposent même un petit show, armés de leurs plus belles sapes congolaises. Les cris fusent de toute part.

Le chaos du ZEvent 2026
Le chaos du ZEvent 2026 © BFM Tech

À 15h, plus de quatre millions d’euros ont déjà été récoltés pour cette ultime édition de l’événement en streaming. Et ce en moins de 24 heures. La somme a bien sûr été gonflée par les recettes du concert caritatif organisé la veille. Mais tout de même.

La force d’internet

Domingo ne cache pas son émotion. Il fait partie des six streameurs à avoir participé aux dix éditions du ZEvent, depuis l’époque où l’événement s’appelait encore Projet Avengers. "Il y a dix ans je ne jouais qu’à Lol, j’étais en mode: 'c’est un métier, je ne sais pas à quel point ça va durer.' Alors se dire qu’on peut lever de telles sommes, ça montre la force d’internet", note l’animateur de Popcorn.

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"C’est un peu émouvant. Je n’ai pas tendance à avoir les larmes aux yeux mais j’ai grandi avec cet événement, ma communauté aussi. donc on va tout donner", sourit-il.

Dans la salle, certains découvrent le ZEvent pour la première fois. C’est le cas d’Anyme. "Je ne pensais pas être aussi bien accueilli. C’est une expérience hors du commun. Il y a une énergie qui fait qu’on est tous rassemblés autour de la même chose alors que, pour certains, on ne se connaît pas. C’est ça qui est beau."

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Seb du grenier, lui, a longtemps hésité avant de franchir le pas. "Je streame depuis peu de temps donc je ne me sentais pas légitime de participer mais vu que c’est la dernière, j’étais obligé." Sur place, il découvre une ambiance qu’il n’avait jamais connue. "Au-delà des costumes et des défis débiles, on se sent utile. C’est cool de pouvoir se battre pour des assos." Quelques minutes plus tard, l’annonce tombe: les 6 millions ont été atteints. Il est à peine 16h.

"Certains ont économisé toute l’année"

Il faut dire que les spectateurs, eux aussi, se sont préparés pour l’événement. Car le ZEvent est devenu au fil des années un rituel pour toute une communauté. "Certains me disent qu’ils ont économisé toute l’année pour donner aujourd’hui. Des cafés nous reversent leur recette du jour, des BDE organisent des collectes… Il y a beaucoup d’initiatives de groupe", s'enthousiasme ZeratoR.

Maxime, ingénieur en informatique de 34 ans, se décrit comme un fan du ZEvent depuis la première heure. Il prévoit de donner entre 800 et 1.000 euros. "J’ai budgété tout ça pour me préparer à l’événement", sourit-il. Tout le monde n’a évidemment pas ce budget. Mais qu’importe. ZeratoR le répète: chaque petit geste compte. "Tous les dons, même ceux d’un euro, sont importants. (...) Ils s’additionnent pour constituer la montagne de milliers de dons qu’on obtient à la fin", poursuit le papa du ZEvent.

Lison, 19 ans, et Nina, 18 ans, le savent bien. "Avant, j’étais mineure et je n’avais pas d’argent. Donc je regardais simplement le live. Mais j’ai réussi à donner 2 euros l’an dernier, j’étais à mon max", raconte Lison. Cette année, elle a travaillé pendant l’été. Elle pourra donc donner un peu plus.

Nina prévoit entre 30 et 50 euros. Bien sûr, le côté humanitaire motive. Mais "les donation goal aident beaucoup. Ça motive les gens à donner", assure l’étudiante. "Et puis on a eu le GP Explorer grâce à ça", renchérit Lison.

Des défis loufoques et ridicules

Car au ZEvent, l’argent grimpe à coups de défis. Pour ZeratoR, les donation goals, ces défis promis par les créateurs lorsque certains paliers de dons sont atteints, sont une des clés du ZEvent. "La plupart des créateurs mettent des défis fous ou inhabituels en place… ou habituels au ZEvent", plaisante-t-il.

Contre 500.000 euros, Amixem s’est ainsi engagé à appeler l’influenceur américain MrBeast pour lui avouer avoir déjà copié certains de ses concepts. À 2 millions, il organisera le AEvent, un ZEvent "en moins bien". Anyme, lui, promet de streamer dans l’espace pour 200.000 euros.

McFly et Carlito, eux, envisagent de se rajouter administrativement un deuxième prénom, choisi par les viewers, s'ils atteignent les 500.000 euros. Et contre un million d’euros, EnjoyPhoenix dira "non" à son mariage.

Samuel Etienne assume lui aussi de jouer avec son image pour faire grimper les dons. "Je me suis rendu compte que quand je faisais des choses ridicules, ça marchait bien", lance-t-il. Pour 500.000 euros, il prévoit ainsi d’enfiler un mankini et de faire le tour des streams. "Je suis partagé entre le fait de vouloir atteindre ce donation goal pour les associations, et vouloir préserver mon image et ma réputation."

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Mais derrière les défis absurdes, le présentateur veut aussi rappeler ce qui se joue réellement. "C’est humainement extrêmement fort. Il y a une gentillesse et une attention aux autres entre streameurs. On a tous des histoires et des sensibilités différentes mais on est là pour un même but", insiste-t-il. Sur ses live, il invite d’ailleurs les associations à prendre la parole. "Action contre la faim nous expliquait comment un don d’un euro équivalait à trois substituts de repas pour un enfant en Afrique."

Catapulte, Élysée et klaxon

Une manière de rappeler, entre deux cris et deux défis loufoques, où va réellement l’argent. Pour le reste, la folie continue. Mastu s’est fait catapulter dans son propre set-up dans la nuit de vendredi à samedi.

Quant à Sylvain, il a eu l’excellente idée de ramener un klaxon de bateau immense en plein milieu de Montpellier et de le faire résonner. "Heureusement que c’est seulement sa 2e apparition au ZEvent et que c’est la dernière édition, sinon un jour il aurait ramené des réacteurs de fusée pour les mettre sur une Clio 3 pour voir si elle décolle", s’amuse un internaute. De son côté, Anyme a appelé l’Élysée pour les motiver à faire un don. Sa demande n’a finalement pas abouti. "Réponse sous deux mois", lui indique-t-elle.

"Le truc le plus fou que j’ai vécu? À un moment donné, un gars habillé comme Jim Carrey dans The Mask déboulait ici. Pendant ce temps, un autre se faisait épiler. En même temps j’ai un TGV qui est passé à 100km/heure sur de la moquette. C’est beaucoup d’infos", plaisante Camille Combal, venu soutenir ses amis streameurs pour l’occasion. Dans l’après-midi, l’animateur s’est fait teindre les cheveux en rose pas Anyme. "Promis, je les garde jusqu’à lundi", nous assure-t-il.

L'animateur Camille Combal se fait teindre les cheveux en rose par Anyme
L'animateur Camille Combal se fait teindre les cheveux en rose par Anyme © BFM Tech
"Si on n'arrête pas cette aventure, il y aura bientôt des trains qui vont passer à toute vitesse dans la salle et des gens vont sauter en parachute", plaisante de son côté Samuel Etienne.

Alors, combien cette dernière édition peut-elle récolter? Les pronostics divergent. Maxime, un fan, mise sur environ 20 millions d’euros. Erwann, un autre fan, mais pessimiste, table sur 13,486 millions. Nathan, son ami, va encore plus loin: 25,864 millions. "C’est le dernier. Les gens ont budgétisé le ZEvent. Et ça a été très médiatisé", nous expliquait-il au concert caritatif du jeudi 3 septembre. De quoi finalement convaincre Erwann de revoir son estimation à la hausse: 19 millions d’euros.

Et puis il y a ZeratoR, qui observe avec amusement la bataille entre les cagnottes. "Il y a un peu une guerre d’ego. Pour le moment, les plus gros donateurs restent Bigflo et Oli. Je pense que certains vont tenter de les battre", sourit-il.

Le dimanche, l’ambiance monte encore d’un cran. Les heures de sommeil manquent (surtout pour les malheurs passés au stand de piments), les voix commencent à fatiguer, mais personne ne semble vraiment regarder l’horloge. "Il y a de la fatigue parce qu'on ne dort pas beaucoup", admet Anyme. "Mais il y a une émulation et une adrénaline qui fait qu’on a un second souffle. On va être inépuisable et inarrêtable."

32 millions d’euros récoltés

Le compteur, lui, continue de grimper. 15 millions, 19 millions, 25 millions… La barre des 30 millions se rapproche. Mastu explose les scores. Le streameur a récolté plus de 5 millions d’euros à lui seul.

"On se doutait qu’on allait frapper fort", reconnaît Doigby. "On est très nombreux, et certains arrivent avec des communautés qui n’avaient encore jamais été mobilisées au ZEvent, comme McFly et Carlito. Et ce sont des communautés qui ont grandi avec nous. Il y a dix ans, elles étaient adolescentes. Elles n’avaient peut-être pas le pouvoir d’achat mais aujourd’hui, ce sont des trentenaires. Mais je ne pensais pas qu’on allait faire autant."

Entre-temps, Mastu et Domingo proposent des tombolas démesurées, à coup de maillot de foot de Messi dédicacé, de script original d’Inception Christopher Nolan) ou de casque signé par Tom Brady. De quoi faire avancer la cagnotte. Plusieurs streameurs, dont Domingo, se rasent le crâne.

Les spectateurs suivent chaque nouvelle donation comme un but en finale. Il reste quelques minutes. Puis ZeratoR apparaît à l’écran. Le créateur de l'événement prend le micro. Après deux jours et demi de streaming, de défis et de dons, il est temps de connaître le score. Le compteur s’arrête. 32.891.874 millions d’euros. Soit le double de l'édition 2025. Pas mal quand on sait que l'événement avait jusque-là récolté 58 millions... en neuf éditions.

58 millions d'euros ont été récoltés au total en 9 éditions du ZEvent
58 millions d'euros ont été récoltés au total en 9 éditions du ZEvent © BFM Tech

Les cris éclatent. Des streamers se lèvent, certains se prennent dans les bras. "Faites attention aux gens autour de vous. C'est pour ça qu'on a créé ça. Et on continuera d'aider les gens. Merci à tous. Le ZEvent, c'est terminé", hurle dans le mégaphone ZeratoR, acclamé par les super-héros du caritatif de Twitch.

"C’est loin d’être la fin du caritatif"

Les fans, ravis d’avoir battu une nouvelle fois un record, peinent toutefois à cacher leurs émotions. Antoine, lui, sait déjà que le plus difficile sera peut-être de ne plus avoir de ZEvent à attendre. "C’est un événement qu’on attend chaque année. J’ai toujours eu mon petit coup d’émotion quand tout s’éteignait. Là, ça va être encore plus fort", nous expliquait jeudi soir le fan venu à Montpellier pour vivre une dernière fois le concert caritatif au milieu de ceux qui le regardent depuis des années. "C’est un peu émouvant. Mais il ne faut pas pleurer parce que c’est fini. Il faut se réjouir que ça soit arrivé", relativise Maxime, un aficionado de l’événement.

ZeratoR, lui aussi, est ému. "Forcément, c’est le dernier donc ça fait quelque chose (...) Ça va nous manquer", nous glisse-t-il. Pour cette ultime édition, il a tenu à adresser un dernier mot à ceux qui l’ont accompagné pendant dix ans. "Ils nous suivent aveuglément dans nos délires. J’en suis très reconnaissant."

"Je sais très bien qu’après ce ZEvent je vais me dire: 'Est-ce qu’on n'en referait pas un dernier?' Mais je sais qu’on a pris la bonne décision. On l’a prise tous ensemble."

Dix éditions plus tard, le marathon caritatif imaginé par ZeratoR et Dach laisse derrière lui bien plus qu’une succession de records. Il a imposé un modèle. Des créateurs réunis pendant plusieurs jours, des communautés mobilisées autour d’une cause et des donation goals pour transformer les dons en spectacle. Et ce modèle pourrait bien lui survivre.

Tous en sont convaincus: le ZEvent ne disparaîtra pas complètement. "Le ZEvent a inspiré d’autres streameurs qui se sont emparés du concept", rappelle Antoine, en citant notamment le Stream for Humanity d’Amine.

Plusieurs pourraient déjà reprendre le flambeau. Amixem, par exemple, s’était fixé pour objectif d’organiser le AEvent, un ZEvent "mais en moins bien" à condition d’atteindre les 2 millions de dons dans sa cagnotte personnelle. Antoine Daniel, de son côté, envisageait de refaire le ZEvent dans la même salle, avec la même décoration mais… seul. Le tout contre 1 million d'euros de dons. "Pourquoi ne pas participer, si je suis invité", glisse ZeratoR.

Car le père du marathon caritatif le plus connu d'internet n’entend pas abandonner le caritatif.

"Pour moi, c’est loin d’être la fin du caritatif. J’en ai fait avant, j’en ai fait pendant avec Speedons et j’en ferai après. Je ne sais pas encore comment ou sous quelle forme, mais c’est sûr."

Après dix ans de ZEvent, il ne sait pas encore quelle sera la suite. Et, pour une fois, ce sera peut-être justement le but. Ne pas avoir de compteur à regarder, de record à battre ou de prochain rendez-vous à préparer. Simplement trouver une nouvelle manière de continuer à donner.