61 millions d'euros par an en licences versés essentiellement à Microsoft: la Cour des comptes pointe les dépenses croissantes de l'Etat dans ses outils de bureautique

BFM Business François Boyer
La cour des comptes publie un rapport sur les coûts de la bureautique des ministères

La cour des comptes publie un rapport sur les coûts de la bureautique des ministères - Montage

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Saisie par une initiative citoyenne, la Cour des comptes présente un rapport sur l'utilisation des logiciels de bureautique au sein des ministères et administrations. Elle préconise d'aller vers des solutions libres pour éviter les coûts de licence en augmentation de Microsoft.

Dans un rapport de presque 100 pages, la Cour des comptes s'est penchée sur les dépenses de l'État liées à ses outils de bureautique et de collaboration. Son avis est sans appel: entre 30 et 65 millions d'euros par an d'économies seraient possibles, si l'utilisation de logiciels libres était plus systématique.

En 2025, la Cour estime que l'État aurait dépensé 100 millions d'euros dans l'équipement de ses opérateurs et ministères en outils de bureautique. Un montant composé de 13 millions pour les équipes informatiques, 26 millions en prestations, et 61 millions d'euros dépensés en licences. Cette somme reviendrait majoritairement à Microsoft, mais aussi à Bleu, coentreprise d'Orange et Capgemini, qui héberge les outils de Microsoft sur un cloud souverain.

Une utilisation de Microsoft trop systématique

Si la juridiction financière admet que les montants actuels de ces dépenses sont minimes par rapport au budget numérique total de l'État, qui s'élève à 5,5 milliards d'euros, elle souligne leur forte progression. Entre 2021 et 2025, les dépenses en bureautique ont augmenté de 50%, principalement du fait des coûts de licences logicielles.

La Cour déplore ainsi l'utilisation massive de la suite Microsoft Office dans les différents ministères, pourtant historiquement libres de choisir leurs outils. Une utilisation globale qui est en plus contraire aux exigences de souveraineté numérique, mais permise temporairement par le Premier ministre. Là où une suite revient selon la Direction interministérielle du numérique (DINUM) à entre 150 et 200 euros par an, l'alternative Libre office est gratuite.

De plus, l'institution mentionne que la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN) et la Direction générale des finances publiques (DGFiP) ont totalement renoncé aux logiciels payants. Alors qu'elles gardent un niveau de satisfaction de ses personnels égal à celui des agents publics des autres administrations.

La Cour des comptes attribue donc les difficultés à se passer de logiciels Windows à des habitudes persistantes au sein des ministères. Mais avance aussi des points de friction, comme certains usages avancés non reproductibles, et une interopérabilité limitée assurée par les solutions libres, ainsi qu'un manque de temps et de ressources pour assurer la formation des personnels à ces outils.

La Suite, des outils ouverts en développement

Le rapport s'intéresse également au développement en cours de La Suite, un ensemble d'outils développés par la DINUM à partir de logiciels libres, que BFM Tech avait pu tester. Cette suite est composée de Tchap pour la messagerie en ligne, Visio pour les appels et webinaires, France Transfert pour l'envoi sécurisé de fichiers volumineux, Docs pour le traitement de texte, Grist pour le tableur et la gestion de données, ainsi que Messagerie pour les mails et Fichiers pour le travail collaboratif.

Docs sur LaSuite
Docs sur LaSuite © LaSuite

Développés par des développeurs indépendants, s'appuyant sur du code ouvert, ces outils sont identifiés comme prometteurs par l'autorité, qui rappelle le besoin d'attention aux coûts de développement. Elle pointe aussi du doigt le recours aux indépendants, coûteux et incompatible avec le développement et le maintien au long cours d'une suite logicielle.

Alors, l'institution préconise d'établir une stratégie à moyen terme pour assurer la migration vers des logiciels libres, "au regard de l'impératif de souveraineté numérique et de la contrainte budgétaire".

Planifier une migration pour dans trois à quatre ans

Les recommandations de la Cour suivent plusieurs axes. Tout d'abord, elle veut associer les ministères au développement de La Suite, pour assurer que ses logiciels seront au plus près des besoins de chaque administration. Faire rentrer la bureautique dans les missions de gouvernance interministérielle de la DINUM pourrait également permettre de contourner la résistance au sein des ministères.

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Ensuite, pour le développement de La Suite, elle préconise de s'associer plus largement à des entreprises du numérique expérimentées dans le logiciel libre, plutôt que de n'avoir recours qu'à des indépendants, en interne.

Enfin, elle fixe l'objectif d'engager, dès 2027, une convergence des outils de bureautique et collaboratifs interministériels, et recommande l'établissement d'un plan sur trois à quatre ans de la stratégie des ministères et opérateurs, pour migrer vers des logiciels libres. Ceux-ci seraient hébergés par l'Etat ou un cloud labellisé SecNumCloud, la qualification cybersécurité de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI).