Test du Macbook Neo: avec son ultraportable à moins de 700 euros, Apple a trouvé le bon équilibre pour séduire ceux qui veulent l’essentiel de l’expérience Mac, sans se ruiner

BFM Business Melinda Davan-Soulas
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Avec le Macbook Neo, Apple s’ouvre un nouveau marché, celui des néophytes de son écosystème, des étudiants au budget plus serré, ou ceux qui veulent l’essentiel sans se ruiner. La marque californienne le fait avec un produit qui a tout du neuf tout en restant fidèle à son ADN. Et il a de sérieux arguments pour être un immense carton.

"Il n’a que 8 Go de RAM. Ce n’est même pas une puce M. Son écran est trop petit. Pour moins que ça, mon PC Windows fait très bien l’affaire". Au soir de l’annonce du nouveau Macbook Neo, les commentaires ont été nombreux sur ce que le nouvel ordinateur portable d’Apple à très bas prix n’avait pas. À partir de 699 euros, l’entreprise californienne a forcément dû faire des compromis. Ils sont réels et indiscutables, mais se focaliser sur eux est finalement ne pas comprendre la raison d’être de ce produit ni son positionnement.

Le Macbook Neo n’arrive pas sur le marché pour seulement "casser les prix Apple" en faisant du recyclage. Il est un concept, portée par une philosophie, beaucoup plus intéressant qu’il n’en a l’air à l’utilisation. À condition d’être l’utilisateur cible et non un fan de tech en quête de l’appareil dernier cri ou du nec plus ultra. Sans cela, autant le dire d’emblée: vous risquez de faire fausse route et d’être déçu.

Apple dit viser trois types d’utilisateur avec son Macbook Neo: les étudiants/nouveaux venus dans l’univers Apple, ceux qui en ont assez de se ruiner pour un appareil surqualifié pour leurs besoins. Enfin, ceux qui gravitaient autour de l’écosystème avec un simple iPhone ou un iPad et qui veulent en faire un petit peu plus en s’appuyant sur leurs habitudes (iCloud, iMessage, Airdrop, Photos à retoucher, etc.). Après plusieurs jours d’utilisation intensive, c’est l’heure de savoir s’il peut ravir ces besoins.

Un design qui se fait remarquer

De loin, on identifie immédiatement un Macbook. Le Neo a l’allure du Macbook Air, le côté légèrement plus massif du Pro. Mais en poids, il est aussi léger que le premier à 1,23 kg. Il paraît pourtant plus dense en main, alors qu’il est conçu dans un aluminium recyclé promis poids plume et embarque un écran plus petit que celui du Macbook Air (13 contre 13,6 pouces). Un écran LCD, aka Liquid Retina, d’excellente facture dans toutes les conditions et plutôt lumineux, avec un pic maximal annoncé à 500 nits.

L'impasse sur le gamut P3 n'est pas véritablement problématique et l'absence de la technologie True Tone est davantage un surcroît de confort en moins qu'un véritable défaut. Ces deux compromis font partie de deux qu'on accepte sans peine.

La gamme Macbook Neo d'Apple
La gamme Macbook Neo d'Apple © BFM Tech

Si le design est soigné et élégant "à la Apple", le premier point fort du Macbook Neo, apte à séduire les plus grands nombres, tient évidemment à ses coloris. Le jaune agrume apporte un peu de peps (et des reflets verts selon l’exposition et l’impression de chacun) tout en restant discret. La couleur donne un ton résolument moderne à l’appareil, tout en conservant une note sérieuse et fiable. Ce n’est sans doute pas sans raison qu’Apple a évité les couleurs trop funky, acidulées ou autres. Avec le Bleu Indigo, le Rose poudré, mais aussi l’Argent, cela reste néanmoins très séduisant pour une audience jeune toujours en quête de signes distinctifs.

On aime la petite touche d’élégance poussée à son paroxysme avec un clavier aux tons assortis, tout comme l’interface du Macbook Neo et ses menus pour certaines applications qui prennent la couleur de l’appareil. Le clavier, d’ailleurs, n’est pas rétroéclairé, comme on en a l’habitude sur les Macbook. Cela pourra être gênant si vous devez taper dans le noir ou dans des conditions de très faible luminosité. Vous n’y verrez pas grand-chose.

Il reste néanmoins agréable à utiliser, même s'il l'est moins que celui d'un Macbook Air ou Pro. On fera la même remarque au sujet du pavé tactile, bien plus simple et dénué de la technologie Force Touch, qui permet la détection du niveau de pression. Néanmoins, même moins bon que ceux des Macbook Air ou Pro, le pavé tactile du Macbook Neo est agréable et facile à appréhender, bien meilleur en tout cas que ceux qui équipent certains Chromebook et PC Windows d'entrée et milieu de gamme.

La bonne nouvelle, en revanche, vient du côté des haut-parleurs qui ont été repositionnés sur les tranches latérales du clavier. Ils sont étonnamment puissants et proposent un son spatialisé de plutôt bonne facture.

Côté connectiques, le Macbook Neo assure le minimum avec une prise jack et deux ports USB-C qui n’ont pas la même puissance (USB 2 et USB 3). Mais si on se souvient bien, le Macbook Air M1, de 2020, ne proposait que deux ports USB-C, lui aussi, même si la technologie proposée était meilleure, évidemment. Quoi qu'il en soit, dès que vous aurez besoin de vous recharger, ce sera déjà un port occupé, car Apple n’a pas prévu la charge Magsafe sur ce nouvel ultraportable.

Apple A18 Pro, la puce des iPhone 16 Pro et Pro Max, reprend du service, cette fois, dans un Macbook
Apple A18 Pro, la puce des iPhone 16 Pro et Pro Max, reprend du service, cette fois, dans un Macbook © Apple

Une puce A avec ses atouts...

Si l’extérieur est flatteur pour l’oeil, il faut aussi que l’intérieur, le moteur ne soit pas un piège pour l’acheteur. Apple a fait le choix de la puce 18 Pro des iPhone 16 Pro. Si on veut être pointilleux, on notera toutefois qu'il offre un coeur de moins pour la partie GPU, qui assure le spectacle pour tout ce qui est graphisme et IA... Un choix étonnant sur un PC maison, mais qui reflète bien la stratégie. Le Macbook Neo est un Macbook différent qui doit se démarquer aussi en se tenant bien loin des ténors maison. Lui donner une puce de smartphone, c’est lui éviter la fausse image "recyclage" qu'il aurait hérité en embarquant les puces M1 et M2.

En optant pour une puce A, Apple trouve également une façon assez habile de lui donner une image plus moderne. De plus, cette puce d’iPhone n’a pas à rougir. D'autant que l'A18 Pro affiche des performances qui s'inscrivent plus ou moins entre celles du M1 et M2, deux puces taillées pour les Mac. De quoi satisfaire la plupart des usages du quotidien, tout en autorisant l'exécution de l’IA en local. Comme les puces M sur les Macbook Air, l'A18 Pro va également proposer un fonctionnement parfaitement silencieux en l’absence d’un ventilateur.

Enfin, le choix de cette puce pèse également clairement dans deux points forts du Macbook Neo, d'une part, elle contribue au prix abordable avec une puce aux coûts de production plus réduits. D'autre part, elle garantit une excellente autonomie, proche de celle des Macbook Air (environ 16-17 heures). Une fois encore, si on veut être pointilleux, même si on comprend la nécessité de respecter une progression de la gamme sur ce point, on aurait apprécié que l'autonomie du Neo soit encore meilleure...

... et ses inconvénients

Lors de notre test, nous avons pu télécharger la totalité de nos applications macOS habituelles, et pour cause, elles sont toute compatibles avec la puce A18 Pro, sans avoir à jongler avec un quelconque émulateur - souvenez-vous que le Mac mini fourni aux développeurs au tout début de la bascule des Mac des processeurs Intel vers les puces Apple Silicon, embarquait une puce A12Z Bionic. Elle avait fait ses classes dans les iPad Pro (de 4e génération)...

Les applications sont donc compatibles, mais tournent-elles toutes correctement? Objectivement, certaines vont se montrer parfois trop gourmandes. Ainsi, il vaut mieux privilégier iMovie que Final Cut Pro qui risque de tirer la langue avec les 8 Go de RAM embarqués quand la sollicitation de ressources sera conséquente.

Les jeux compatibles sur Steam tiennent le choc, tant qu’ils ne demandent pas trop de fluidité dans les mouvements ou déplacements (jeux de tir, de course, etc.). Pour des jeux de stratégie, de réflexion ou bien des RPG pas trop nerveux, voire du jeu narratif, le Macbook Neo sera un vrai plaisir. Mais attention, à moins de jouer sur Apple Arcade, les autres titres ne sont pas toujours optimisés et vous pourriez connaître quelques freezes, tout comme voir la batterie fondre (50% de perte d’autonomie en moins de deux heures).

Le clavier du Macbook Neo prend la teinte du châssis
Le clavier du Macbook Neo prend la teinte du châssis © BFM Tech

Un Macbook pour tous, mais pas pour tout...

Mais le Macbook Neo n'est pas là pour enchaîner les records en matière de performances - rares sont les ultraportables qui peuvent y prétendre, si on est honnête, et jamais à ce prix. Le Macbook Neo est là pour s'atteler à sa tâche, celle de la majorité de la population (de la navigation, des mails, de la productivité, du streaming, du montage musical ou vidéo léger…), une sorte de machine à écrire 2 ou 3.0 pour le XXIe siècle, et il le fait à merveille.

Rien ne distingue l'utilisation d'un Macbook Neo de celle d'un autre Macbook. C'est sous le capot que les compromis se font les plus importants et que vous risquez d'être déçu si vous êtes un technophile invétéré.

Avec 8 Go et sa puce A18 Pro, l'ordinateur se ferme la porte de tous ceux qui veulent un Macbook pour créer à outrance et de manière artistique (vidéo, musique, code). Mais il y d'autres Macbook pour ça. En revanche, les étudiants pourront débuter leurs cursus avec cette nouvelle machine, à condition qu'ils ne se destinent pas à des filières spécialisées et techniques, où la compilation de code, les rendus graphiques ou le montage 4K sont nécessaires..

Macbook Neo, arme de séduction massive?

A 700 euros, un prix inédit pour la marque, Apple a réussi un joli combo de possibilités qui rappellent la gamme maison. Le design est plus attirant que jamais et permet de montrer que l'on a un Macbook qui n'est pas celui de monsieur et madame Tout-le-monde, même s'ils peuvent désormais se l'offrir. Le Neo réussit là parfaitement à trouver un équilibre complexe entre l'expérience Mac proposée, sur un appareil qui n'est finalement pas plastique comme on pouvait le craindre, et l'envie d'en offrir beaucoup pour un prix plus limité.

Le Macbook traîna longtemps une image d'appareil trop cher pour attirer de nouveaux utilisateurs. Son prix quasi deux fois moins cher que son acolyte Air (à partir de 1.199 euros) pourrait le rendre hautement séduisant. Avec son expérience fluide, sa capacité à interagir avec les autres appareils de l’écosystème, le Neo s'annonce comme un concurrent de choc sur le marché des PC à 600-700 euros, notamment pour certains Chromebook et PC Windows. Son design soigné, sa puissance amplement suffisante pour des utilisations basiques sont autant d’atouts. Et cela pourrait même inciter les acheteurs à compléter leurs collections de produits Apple et de services.

Avec cet ordinateur beau, mais limité en puissance, abordable et simple, Apple s’ouvre un nouveau marché, celui des acheteurs en découverte. La cible étudiante/premier acheteur semble parfaite. Elle demandera juste à être conseillée en fonction des besoins pour être orientée vers le bon produit, au sein d'une gamme enrichie.

A sa manière, le Macbook Neo définit une nouvelle ligne à franchir par la concurrence, celle de la vision de l'ultraportable premium mais abordable selon Apple. Le géant américain arrive ainsi avec fracas sur un segment qu'il négligeait depuis bien longtemps. Sur le papier, comme à l’usage, le Macbook Neo a tout de la future star auprès des jeunes, des particuliers ou des entreprises qui veulent l'essentiel, le look et l'efficacité, sans se ruiner.