En transformant ses Shorts en série verticale, Youtube se lance à son tour dans la bataille des micro-dramas, pour récolter toujours plus de votre attention
Youtube repense ses Shorts pour prendre en compte les micro-dramas - BFM Tech
Ils tiennent parfois en moins d’une minute, mais ils ont tout d’une série télévisée façon soap opera. Les micro-dramas, ces feuilletons tournés pour être avalés épisode après épisode sur un écran de smartphone, sont devenus l’un des nouveaux terrains de jeu de la vidéo en ligne. Et Youtube veut aussi sa part du gâteau.
Lors de sa conférence Made on Youtube, mercredi 23 septembre à New York à laquelle BFM Tech a assisté, la plateforme a annoncé l’arrivée de Shorts Series. L’objectif? Permettre aux créateurs de regrouper leurs Shorts en saisons et en épisodes.
L’outil n’est pas réservé aux micro-dramas. Une émission, une fiction, une série documentaire ou n’importe quel autre programme découpé en plusieurs Shorts peut l’utiliser. Mais son arrivée intervient alors que les feuilletons verticaux connaissent une croissance fulgurante et commencent à intéresser aussi bien les plateformes sociales que les acteurs traditionnels du divertissement.
Le micro-drama change d’échelle
Le format n’a plus grand-chose d’une curiosité du mobile. En Chine, plus de 800 millions de personnes regardent déjà des micro-dramas. En 2024, ils ont généré près de 7 milliards de dollars de revenus dans le pays. Un montant supérieur aux recettes du box-office chinois, pourtant deuxième marché mondial du cinéma, d’après Media Partners Asia.
Deloitte prévoit que les revenus mondiaux des micro-séries issues d’applications, un moyen privilégié de distribution qui assure plus de contrôle et d'engagement, atteindront 7,8 milliards de dollars en 2026, contre 3,8 milliards en 2025. Alors forcément, tout le monde veut sa part du gâteau.
Aux États-Unis, le marché s’est construit autour d’applications entièrement pensées pour ces feuilletons verticaux, comme ReelShort ou DramaBox. Tiktok a lui aussi lancé PineDrama, sa propre application dédiée au format. Peacock a lancé cet été ses premiers micro-dramas verticaux originaux, tandis que Webtoon adapte plusieurs de ses webcomics populaires en séries en prises de vues réelles. Des personnalités comme James Franco, Issa Rae ou Jesse Tyler Ferguson se sont à leur tour impliquées dans des productions de micro-dramas.
Youtube n’est donc pas en train de découvrir le phénomène. La plateforme affirme que les contenus de micro-dramas y ont généré 6,5 milliards de vues dans le monde au premier semestre 2026. Sur la même période, leur temps de visionnage a progressé de plus de 50% sur un an.
Les créateurs commencent eux aussi à investir ce terrain. Hannah Stocking, connue pour ses vidéos et ses sketchs sur les réseaux sociaux, a joué dans Playback, un micro-drama musical produit pour la plateforme My Drama. Le youtubeur Joshua Ovenshire travaille, lui, comme producteur exécutif pour ReelShort, où il produit notamment Secrets and Soulmates, une série inspirée de Love Island.
Le Short devient un épisode
Le problème, jusqu’ici, était moins de produire ces histoires que de les regarder. Une fiction racontée en dix ou vingt Shorts restait une succession de vidéos dans un flux pensé pour le défilement. Il fallait retrouver les bons épisodes, vérifier leur ordre et, une fois la vidéo terminée, partir à la recherche de la suivante.Un travail fastidieux qui pouvait en décourager plus d’un…
Avec Short Series, les vidéos peuvent désormais être réunies dans une saison, numérotées, dotées de miniatures spécifiques et regardées les unes à la suite des autres. La série est accessible depuis la chaîne du créateur, tant sur mobile que sur téléviseur.
“Les studios de micro-dramas rencontrent déjà beaucoup de succès sur Youtube, même sans cet outil. Nous espérons simplement qu’il rendra l’expérience de visionnage de leurs contenus encore meilleure”, nous précise Kurt Wilms, directeur produit senior de Youtube, en charge de la télévision.
Sur un téléviseur, l’intérêt est encore plus évident. Les Shorts peuvent désormais être regardés comme un programme plutôt que comme une succession de vidéos isolées. “Les gens regardent des Shorts épisodiques sur leur téléviseur, et c’est assez compliqué d’en regarder un puis un autre”, souligne Kurt Wilms. C’est précisément pour ce type d’usage que Youtube a conçu ces nouveaux outils.
Car contrairement à ce que pourrait laisser penser leur format, les micro-dramas commencent à quitter le smartphone. Au premier semestre 2026, les vues de ces contenus sur téléviseur ont augmenté de plus de 90% sur un an, selon Youtube.
Un nouveau modèle pour les créateurs
La fonctionnalité répond aussi à une question plus terre à terre: comment gagner de l’argent avec des histoires conçues pour être consommées épisode après épisode? Les applications spécialisées dans les micro-dramas fonctionnent souvent sur un modèle freemium. Les premiers épisodes sont gratuits, puis le spectateur doit payer pour connaître la suite. Youtube peut reproduire une partie de cette mécanique.
“Un studio peut proposer gratuitement quelques épisodes, puis mettre le reste derrière un abonnement”, explique Kurt Wilms. Les créateurs peuvent également continuer à compter sur les publicités diffusées dans le flux Shorts et sur le partage de revenus associé.
Autrement dit, Youtube n’a pas besoin de créer une application dédiée pour tenter de capter cette économie. La plateforme dispose déjà de la distribution, des créateurs et des Shorts. Et désormais des outils permettant de transformer une suite de vidéos en programme. C’est aussi ce qui distingue son approche de celle de Tiktok, qui a choisi de lancer PineDrama comme destination dédiée. Youtube préfère, pour l’instant, faire entrer les micro-dramas dans son écosystème existant.
Faire circuler le spectateur
Mais l’enjeu dépasse les seuls feuilletons verticaux. Youtube cherche plus largement à rendre ses différents formats perméables les uns aux autres. Kurt Wilms évoque un phénomène de “bouncing”: un spectateur peut découvrir un créateur grâce à un Short, passer à une vidéo longue, puis revenir aux formats courts. Une émission peut ainsi exister sous plusieurs formes. Un programme de trente minutes, des Shorts consacrés à ses coulisses, ou une histoire découpée en épisodes.
Cette logique n’est pas totalement nouvelle pour Youtube. La plateforme avait déjà lancé Creator Shows, un outil permettant à certains créateurs de structurer leurs contenus en saisons et en épisodes, notamment pour faciliter leur visionnage sur téléviseur. Shorts Series pousse cette logique beaucoup plus directement dans l’univers des formats courts.
Et Youtube insiste. Il ne s’agit pas de construire un outil réservé aux studios spécialisés dans les micro-dramas. La youtubeuse Kinigra Deon, suivie par plus de 6 millions d’abonnés utilise par exemple les Shorts pour raconter des histoires en plusieurs épisodes.
Youtube expérimente ainsi avec les micro-dramas un format qui pourrait lui servir à autre chose qu’à raconter des histoires de loups-garous, de milliardaires et de trahisons en 90 secondes. La plateforme peut observer comment les spectateurs suivent une fiction, jusqu’où ils regardent, s’ils reviennent et surtout, s’ils sont prêts à payer pour la suite.