La Switch, désormais console la plus vendue de Nintendo, n’en devient-elle pas la meilleure ennemie de la Switch 2?
Elle est désormais reine en son royaume. Une bonne et une mauvaise nouvelle pour Nintendo d’une certaine façon. Lors de la publication de ses résultats au 3e trimestre de l'exercice 2026, le fabricant japonais a confirmé que 155.370.000 unités de sa Switch, première du nom, avaient été vendues depuis son lancement en 2017. Cela inclut la version initiale de la console hybride, mais aussi ses déclinaisons Oled et Lite.
La Switch dépasse à présent la Nintendo DS (154,2 millions) et a dans le viseur la Playstation 2 (160 M). Mais si la star maison devance désormais les vieilles gloires (la Game Boy complète le podium Nintendo devant la Wii), le fait qu’elle ne fléchisse pas vraiment dans ses ventes n’est pas forcément un bon signe pour la suite des opérations de Big N. Car, derrière, la Switch 2 attend son heure.
Les 25 millions de Switch 2 en ligne de mire
Avec plus de 17,37 millions d’unités vendues depuis juin 2025, la Switch 2 a réussi son démarrage — le meilleur pour une console de salon — et ce, sans un catalogue étincelant. Certes, Mario Kart World et Donkey Kong Bananza ont porté les ventes, d’autres titres made in Nintendo ont surfé sur la vague de la nouveauté (Metroid Prime 4: Beyond, Légendes Pokemon Z-A, etc.). La Switch 2 ne cesse même d’annoncer des titres d’envergure d’éditeurs tiers qui arrivent beaucoup plus vite et facilement que sur sa prédécesseure (Assassin's Creed Shadows, EA Sports FC 26, Final Fantasy VII Remake, Resident Evil Requiem ont déjà été annoncés…).

Nintendo envisageait, selon la rumeur, une fourchette de 15 à 25 millions de consoles vendues pour sa première année d’exploitation. Elle s’en rapproche, même si le plafond paraît difficile à atteindre en l’état, sans une annonce et une sortie de titre maison d’envergure (un nouveau Super Mario ou The Legend of Zelda par exemple). L’objectif aurait été préalablement abaissé à 19 millions avant la fin mars et sera pour le coup largement dépassé.
Mais, bien que plus puissante que son aînée, et plus ergonomique, la nouvelle venue n’arrive pas totalement à convaincre de ses pleines capacités. Elle est là, elle est bien et tout le monde le reconnaît, mais le grand public ne s’est pas rué sur elle pour délaisser la Switch 1. Le catalogue, encore à cheval sur deux générations pour beaucoup de titres, les quelques contraintes de transfert de jeux des cartouches vers la Switch 2, ne sont pas forcément des atouts pour cette dernière. Nintendo doit donc se résoudre à poursuivre l’exploitation de la première tout en portant le déploiement de la seconde. Un comportement quelque peu schizophrène qui doit en perturber plus d’un du côté de Kyoto.
Alors, comment récupérer sa propre base de joueurs pour booster "son système de jeu vidéo dédié", doper — et rentabiliser — les efforts consentis pour la seconde? Pas question de prioriser l’une sur l’autre au risque de se mettre les joueurs de l’une ou l’autre à dos. Pour cela, l’entreprise mise sur les jeux pour assurer la transition, sur la compatibilité maximale des jeux, l’arrivée dès leur sortie de titres phares sur console, comme pour montrer qu’elle peut aussi s’en vanter. Cependant, surjouer la surenchère technologique de la Switch 2 par rapport à la première serait dangereux et risquerait de l’exposer à une comparaison avec la PS5, la Xbox Series ou les PC. Et la Switch 2, malgré le conséquent gain de puissance qu'elle apporte, ne boxe tout de même pas dans la même catégorie.
Trouver des angles de valorisation pour démarquer la Switch 2 de la Switch 1
Alors Nintendo doit faire montre de patience, avancer ses nouvelles expériences de gaming permise par la nouvelle console sans dénigrer la précédente pour ne pas vexer sa base de joueurs. Playstation a connu le même souci avec les ventes record de la PS4 au moment du passage à la PS5 plus puissante - mais moins disponible dans un premier temps. Et la continuité semblait plus simple à assurer.
Peut-être Nintendo devrait-il chercher à valoriser sa Switch 2 en allant vanter ses mérites du côté d’un marché qui lui doit beaucoup et tente de surfer sur la vague provoquée par la première Switch: celui des consoles portables. Nintendo n’a eu de cesse de répéter que sa console était hybride, et ainsi parfaite pour le nomadisme, pour jouer à deux (ou plus) en vadrouille. Un point sur lequel le Steam Deck, les ROG Ally et Xbox Ally, la MSI Claw 8 et même la Lenovo Legion Go (à moins d’être bidouilleur et/ou d’associer une seconde manette en Bluetooth) ne peuvent rivaliser nativement.

Certes, la Switch 2 n’est pas une console portable PC sous Windows et se montre tout de même moins puissante que la majorité des modèles concurrents de (PC-)consoles portables. Mais elle peut vanter sa simplicité, son catalogue qui tend à se rapprocher des leurs en matière de blockbusters consoles, et sa facilité de prise en main pour toute la famille. Le même esprit en plus abordable aussi financièrement.
La Switch a sans doute encore de beaux jours devant elle, aussi longtemps que les éditeurs continueront de proposer une offre conséquente pour sa console portable, notamment les développeurs indépendants qui l’ont largement chérie et portée ces dernières années.
À court ou moyen terme, la cible familiale large de la console, qui n’entraîne pas un besoin de version plus performante, la crise de la RAM qui pointe son nez à l’horizon, la possibilité d’un prix qui explose en conséquence semblent autant de points qui peuvent freiner un basculement rapide vers la Switch 2 pour les millions de joueurs qui n’ont pas forcément la sensation d’un pas de géant technologique pour leur console préférée. L’arrivée future d’un modèle Oled et la sensation alors d’un double gap franchi seront peut-être être des arguments bien plus forts. Mais pas tout de suite, ni pour les joueurs ni pour Nintendo.