"L'audience totale de TF1+ a augmenté d'environ 30%": le patron de TF1 tire un premier bilan très positif de son partenariat avec Netflix et fustige l'attitude "prédatrice" de Youtube

BFM Business Sylvain Trinel
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Dans un entretien accordé au Monde, Rodolphe Belmer, le patron de TF1, s'en est pris vertement à Youtube. La plateforme de streaming de Google est accusée de déréguler l'écosystème télévisuel.

Youtube met-elle en péril l'offre audiovisuelle gratuite ? Pour Rodolphe Belmer, patron de TF1, c'est le cas. Le dirigeant, qui a accordé un entretien au Monde, monte de nouveau au créneau après une première lettre envoyée au début de l'été 2026 à Sébastien Lecornu. Deux mois plus tard, le Premier ministre n'a pas répondu, alors que la situation s'aggrave, notamment sur le marché de la publicité.

Car si les chaînes françaises doivent respecter un certain nombre de règles, notamment concernant les réclames, la plateforme de streaming de Google est libre de fixer aussi bien leurs prix que leur nombre dans des vidéos qu'elle ne crée pas : ce sont en effet des vidéastes indépendants qu'elle ne fait qu'héberger.

Youtube absent des aides à la création française

"Nous ne pouvons pas continuer d'avancer avec des règles posées en 1986, à une époque où la télévision linéaire était financée par la publicité diffusée sur la télévision linéaire," estime Rodolphe Belmer. "Ce n'est pas possible que le gouvernement ne s'occupe que du budget, alors que le monde bouge à une vitesse folle."

Parmi les mesures souhaitées par le dirigeant de TF1, on trouve notamment une augmentation du nombre de publicités au sein des programmes diffusés, ainsi que des thématiques qui sont jusqu'ici interdites en télévision.

En outre, il veut aussi revoir les règles concernant l'abattement de 66% sur la taxe CNC, le Centre national du cinéma : "Il n'est pas normal que cet acteur du monde audiovisuel à bas coût bénéficie par exemple d'aides de l'État (...) alors qu'il exploite le marché de la publicité sur l'écran de télévision comme TF1 ou Netflix. C'est un principe d'équité." Il rappelle que c'est grâce à des coûts qui ne sont pas fixes que Youtube peut pratiquer des tarifs publicitaires "beaucoup plus bas" que ceux de TF1. Une attitude de "prédateur", selon lui.

Emmanuel Macron a de son côté lancé un appel à Youtube, en estimant que la plateforme devait elle aussi soutenir le financement de la création française. Un secteur déjà financé par TF1, mais aussi France Télévisions, M6, Netflix, HBO Max ou encore Prime Vidéo.

Un partenariat gagnant-gagnant avec Netflix

Si TF1 pourrait accuser une baisse à deux chiffres de son chiffre d'affaires publicitaire en 2026, témoignage de la crise traversée par le secteur, le dirigeant se dit néanmoins confiant : "Nous ferons tout ce que nous pourrons pour continuer à être ambitieux." Mais, prévient-il, "si nous continuons à être étouffés par notre carcan législatif et réglementaire, nous devrons nous plier à un principe de réalité".

TF1 pourrait néanmoins trouver sa planche de salut dans son partenariat avec Netflix. Lancé en juin 2026, il offre aux abonnés de la plateforme de SVOD l'accès à TF1+ (dans sa version avec publicités). L'occasion pour Rodolphe Belmer de tirer un premier bilan très positif : "L'audience totale de TF1+ a augmenté d'environ 30%, donc c'est très significatif."

Netflix compte capitaliser sur les marques de la première chaîne d'Europe pour attirer un public différent, par exemple avec le lancement à venir de la nouvelle saison de Star Academy. Et pour TF1, c'est aussi l'occasion de faire la rencontre de téléspectateurs qui ont déserté la télévision traditionnelle : "Nous estimons à 14 millions le nombre de foyers abonnés à Netflix (en France, NDLR). Ces foyers sous-consommaient très nettement les programmes de TF1, et Netflix nous permet d'accéder à cette population." De quoi muscler son jeu alors que les prochains mois pourraient voir TF1 revenir à la charge sur le dossier M6.