Flavie Flament ou le courage de la parole. La chronique de Pauline Delassus

Flavie Flament lors de l'hommage à Lyhanna à Paris, le 8 juin 2026.
Julien Mattia / Le Pictorium via Reuters

Flavie Flament lors de l'hommage à Lyhanna à Paris, le 8 juin 2026.
Julien Mattia / Le Pictorium via Reuters
Dix ans après La Consolation, Flavie Flament dédie son nouveau livre aux victimes de violences sexuelles, à celles qui parlent, à celles qui se taisent, et à tous ceux qui les soutiennent. La Parole (Flammarion, 208 p., 20 euros), en librairie le 18 novembre, est un récit personnel, mais aussi un essai féministe, où l’intime devient politique et où les noms de David Hamilton et Patrick Bruel apparaissent peu, contrairement aux mots « mémoire traumatique », « déni familial » ou « dissociation ».
Ces 208 pages, dont il est difficile de se détacher, sont aussi un règlement de compte de l’autrice avec ses parents, dont elle dénonce l’inconscience coupable. Sans détour, Flament accuse sa mère, femme dépressive et colérique à l’en croire, de l’avoir mise entre les mains criminelles d’hommes, deux au moins, dont Hamilton, quand elle n’était qu’une préadolescente.
La présentatrice décrit la sexualisation de son enfance, la rudesse de son père, les coups qu’elle s’inflige à elle-même pour supporter les autres souffrances, la manipulation d’une mère qui fait d’elle une Lolita et l’emmène de force sur les Champs-Élysées pour tenter de racoler.
La plume alerte de Flavie Flament, la colère que l’on sent quand elle emploie un langage familier, parfois grossier, sans jamais perdre en sensibilité, font de ce texte un objet littéraire qui peut aussi se lire comme un manuel pédagogique sur les conséquences physiques et mentales du viol. On y envisage dans le détail les symptômes du stress post-traumatique, les épisodes paralysants de dissociation, les flashs qui surgissent et emprisonnent.
Jusqu’au choc, le début d’une prise de conscience, le retour à la vie quand enfin on trouve la force de demander de l’aide. Il y a des phrases importantes dans ce livre, des réponses qui permettent de comprendre des phénomènes psychologiques qui, depuis le début du mouvement MeToo, font hésiter, voire douter.
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Pourquoi les victimes mettent-elles tant de temps à parler et à porter plainte ? En quoi le viol fragilise et empoisonne-t-il l’ensemble des relations qu’elles ont ensuite ? Qu’est-ce que la « revictimisation », mot utilisé par Flament pour désigner ce terrible constat : avoir été violé une fois n’arme pas contre la récidive, au contraire.
Et puis Flavie Flament règle d’autres comptes, hors de la sphère familiale. Pas seulement en son nom propre, mais comme porte-voix des enfants et des femmes qui n’ont pas la force de sa notoriété. Elle fustige ceux – et celles – qui refusent de croire, et même d’entendre, qui calomnient, moralisent, discréditent, culpabilisent.
Elle rappelle l’époque honteuse, et si proche, où l’ensemble de la société acceptait que l’on fasse du corps des jeunes femmes un argument de vente, dans la publicité, la littérature, la musique, au cinéma, où le génie de Gainsbourg suffisait à justifier les paroles et les images de Lemon Incest, où sur des plateaux de télévision des hommes vantaient le talent d’un pédophile présenté comme écrivain, où ils insultaient la seule – Denise Bombardier – qui avait eu le courage de s’en insurger. Flavie Flament ne parle pas de culture du viol, mais elle la dépeint comme étant celle de toutes les adolescentes des années de 1960 à 2010.
L’affaire Patrick Bruel n’occupe que les dernières pages de La Parole. Flament, qui en 2017 a coprésidé, avec le juge Jacques Calmettes, une mission de consensus sur le délai de prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs, raconte le cheminement qui a conduit à son dépôt de plainte contre le chanteur, accusé de viols et d’agressions par une trentaine de femmes et qui devant la justice demeure présumé innocent.
Quand il y a dix ans elle n’avait pas eu le courage de le faire contre David Hamilton. Elle explique la difficulté de se dire victime d’une personnalité si populaire, d’encaisser les accusations de mensonge, les témoignages virulents des défenseurs de la star déchue. Et la haine menaçante que cela a engendré à son égard sur les réseaux sociaux. Sans qu’à aucun moment elle ne regrette d’avoir parlé à visage découvert.




