Netflix supprime 6% de ses effectifs, une première depuis la crise de 2022: pourquoi le géant du streaming inquiète alors que ses audiences sont bonnes

BFM Business Frédéric Bianchi
placeholder video
Ajouter BFM à vos sources préférées sur Google
Le géant américain du streaming annonce la suppression de 1.000 emplois dans le monde, sa plus importante vague de licenciements depuis 2022. Malgré des records d'audience, Netflix inquiète les investisseurs avec un ralentissement de sa croissance et une baisse de l'engagement de ses abonnés. Son action a perdu plus de 40% en un an.

Les mauvaises nouvelles s'accumulent du côté de Netflix. Après la tentative avortée de rachat de Warner Bros. Discovery, le géant américain du divertissement va supprimer 6% de ses effectifs, soit environ 1.000 postes dans le monde, ce qui constitue sa plus importante vague de licenciements depuis 2022, comme le révèle le Wall Street Journal. Ce qui ne présage peut-être rien de bon. Lorsque Netflix a annoncé pour la dernière fois d'importantes suppressions de postes en juin 2022, l'entreprise venait de signaler sa première perte trimestrielle d'abonnés en plus de 10 ans.

Les codirecteurs généraux Greg Peters et Ted Sarandos ont indiqué mercredi matin dans un courriel adressé aux employés que la majeure partie des réductions d'effectifs concernerait les équipes produits, technologies, juridiques et ressources humaines du géant du streaming.

"Notre mission – divertir le monde – est ambitieuse, et pour la réaliser, nous devons faire preuve de rigueur quant à l’allocation de nos ressources humaines et matérielles", ont-ils déclaré aux employés.

En juillet dernier, les revenus dans la plus importante zone de la société, à savoir les États-Unis et le Canada, se sont avérés inférieurs aux attentes et avec des perspectives décevantes.

"La baisse du taux d'engagement a conduit les investisseurs à s'inquiéter tant du pouvoir de fixation des prix que du taux de désabonnement", indiquait une analyse de Citi le 1er octobre.

Le problème de Netflix n'est pas seulement d'attirer de nouveaux abonnés, mais aussi de conserver l'intérêt de ceux qui paient déjà. Ces derniers passent moins de temps à regarder des contenus sur la plateforme, une évolution qui inquiète les investisseurs. Car un abonné qui utilise moins Netflix risque davantage de résilier son abonnement ou de refuser une nouvelle augmentation des tarifs.

Taux de perte faible

Face à une baisse d'engagement de ses abonnés, Netflix a mis en œuvre plusieurs stratégies pour les inciter à passer plus de temps sur sa plateforme, notamment en ajoutant des chaînes de programmes en direct et en proposant des offres groupées avec d'autres services de streaming. L'entreprise a également intégré à son catalogue des podcasts vidéo, des émissions de créateurs YouTube, ainsi que des événements sportifs en direct.

Bien que son taux de perte de clients soit de loin le meilleur du secteur, à un peu plus de 2% aux États-Unis, selon Antenna, ses actions ont chuté de plus de 40% au cours des 12 derniers mois et même de près de 50% depuis son plus haut en juin 2025. Les investisseurs redoutent par ailleurs des "perturbations potentielles" provenant "de la création de contenu par l'intelligence artificielle", pointait de plus Bank of America en juillet dernier.

Netflix n'est pas la seule entreprise du secteur technologique et du divertissement à procéder à des réductions d'effectifs. Disney et Amazon ont toutes deux considérablement réduit leurs effectifs ces derniers mois.

"Si les tendances d’audience aux États-Unis méritent d’être surveillées compte tenu de leur faiblesse cette année, il est important de souligner que tous les diffuseurs sont soumis à des fluctuations cycliques liées au succès de leur programmation au cours d’une période donnée, relativise cependant les analystes de Deutsche Bank. La faiblesse observée cette année sur le marché national pourrait simplement s’expliquer par un manque de succès créatif."

Les difficultés de Netflix ne s'expliquent pourtant pas par une absence de succès au niveau mondial. Au premier semestre 2026, le film War Machine a enregistré 147 millions de visionnages, tandis que la série His & Hers a dépassé les 100 millions, selon le rapport semestriel de la société. Au total, les abonnés ont regardé plus de 97 milliards d'heures de programmes en six mois, un record pour la plateforme et une hausse de 2% sur un an. Mais cette progression ne suffit manifestement pas à dissiper les inquiétudes des investisseurs sur la capacité de Netflix à maintenir sa croissance et à continuer d'augmenter ses tarifs.

Peters et Sarandos ont déclaré que Netflix "continuera d’investir massivement dans les domaines à fort impact", mais que cela implique de "faire des choix ciblés dans l’ensemble de l’entreprise afin de continuer à satisfaire nos membres, partenaires, employés et investisseurs". Netflix procède à ces réductions une semaine avant la publication de ses résultats trimestriels. Peters et Sarandos ont indiqué que l'entreprise reste en bonne voie pour atteindre ses prévisions de bénéfices pour l'exercice en cours.