+46% de ventes en 6 ans: pourquoi les Français raffolent de gnocchis?
Le succès des gnocchis auprès des consommateurs français ne fait que croître d'année en année. - pexels
Ce dimanche 25 octobre, c'est la journée mondiale des... pâtes. L'occasion de revenir sur un produit incontournable dans le panier de courses des Français et dont le succès ne fait que grandir chaque année: les gnocchis.
Le mot provient de l'italien "gnocco" qui signifie "nœud" ou "bouton". Au XVème siècle, ils étaient fabriqués avec de la mie de pain, des amandes hachées et du lait et servis à la cour pour des occasions festives. Progressivement, d'autres ingrédients ont été ajoutés comme de la farine de blé, de l'eau et des œufs.
Dès le XVIIIème siècle, après une longue période de famine, l'importation de la pomme de terre de l'Amérique vers l'Italie fera de nouveau évoluer la recette jusqu’aux gnocchis que l'on connaît aujourd'hui.
Avec la pomme de terre comme ingrédient principal, les gnocchis ne sont donc pas, techniquement, des pâtes. Pourtant, avec l'imaginaire italien, ils sont souvent associés à des pâtes. Par ailleurs, dans les statistiques officielles, les gnocchis font parties de la même catégorie que les pâtes fraîches. De même, dans les rayons des supermarchés, les deux produits sont placés à côté.
Un marché en croissance, dominé par Lustucru
Depuis quelques années, les gnocchis ont particulièrement la cote auprès des consommateurs français, comme nous l'explique Emily Mayer, directrice des études au sein du cabinet Circana.
"Le marché n'est pas énorme, il représente 282 millions d'euros de chiffre d'affaires. Mais il est très dynamique et progresse bien: 58.000 tonnes de gnocchis ont été vendues en supermarchés en 2025, dont 45.000 tonnes de gnocchis classiques. Cela représente une augmentation de 46% en volumes depuis six ans."
Avec les pâtes fraîches, le chiffre grimpe à 110.000 tonnes de produits par an, selon TF1. Autrement dit, les gnocchis représentent plus de la moitié des ventes de la catégorie et la portent donc largement.
Le marché se partage entre plusieurs acteurs. D'abord, la marque Lustucru qui détient près de 42,1% de parts de marché, d'après le magazine spécialisé LSA. Et pour cause, c'est elle qui a lancé la catégorie des gnocchis à poêler en 2004. Elle a enregistré une croissance de 7% sur les 12 derniers mois.
Près de "43,5% des foyers français, soit près d’un foyer sur deux" en consomment, avec un taux de réachat qui dépasse les 60%, indique à RMC Conso Marie-Catherine Aune Delaporte, directrice adjointe marketing chez Lustucru. Celle-ci précise que la France est même devenue le premier marché du gnocchi devant l'Italie, pays historique.
L'assaut des marques de distributeurs
Juste derrière, il y a les marques de distibuteur (MDD). Elles pèsent 23% de parts de marché, soit presque deux fois moins que Lustucru. "Au sein du rayon pâte fraîche, le segment du gnocchi affiche des performances record depuis deux ans", nous souligne Carrefour, sans pour autant donner de chiffre précis.
De son côté, le discounter allemand Lidl, nous avance avoir enregistré "une progression des ventes de 30% entre 2025 et 2026". En terme de volumes, cela représente "près de 20 millions d'unités par an, toutes références de gnocchis confondues".
Les MDD sont suivies de près par la marque Rana, qui atteint 21,5% de parts de marché. Un chiffre en progression de 5,2%, tout comme celle de la marque Saint-Jean qui s'élève à 11,9%, pour représenter 6,5% de parts de marché. Ces évolutions sont le reflet d'un marché très dynamique.
Le dernier acteur à être arrivé sur le marché, c'est Mousline qui a lancé ses gnocchis à poêler à la mi-septembre. Une pénétration très stratégique, car la marque "a toute une légitimité autour de la pomme de terre auprès des consommateurs", pointe à RMC Conso Sandrine Doppler, analyste et prospectiviste dans l'agroalimentaire.
Et les résultats sont déjà probants, selon la marque. "Les ventes moyennes mensuelles atteignent 25 unités par magasin. L'objectif est d'atteindre 50 unités vendues par magasin et par mois", nous assure Mousline, qui vient de remporter le prix Innovation 2026 lors du Salon International de l'Alimentation.
Pratique et déclinable
Mais alors, comment expliquer le succès des gnocchis? "C'est un produit qui coche beaucoup de cases d'un coup", souligne Emily Mayer du cabinet Circana.
D'abord, il s'insère dans un marché "où les produits italiens cartonnent: +34% pour les pâtes au bronze, +15% pour les sauces pesto, +10% pour le prosecco, etc. C'est une cuisine simple et conviviale", ajoute-t-elle.
Étant au rayon frais, il y a également "tout un imaginaire autour de la fraîcheur et de la naturalité", renchérit Sandrine Doppler. Même si cette dernière reconnaît que le succès de Mousline met en lumière une autre préoccupation: "Face au contexte actuel, les Français cuisinent davantage avec des produits de placard, car ils sont moins chers que le frais. Et c'est en ce sens que Mousline peut se démarquer des autres marques de gnocchis frais. Son produit se conserve plus d'un an".
Ensuite, les gnocchis séduisent pour leur praticité. C'est un argument affiché par toutes les marques qui promettent "de préparer en quelques minutes un repas généreux" pour Lustrucru ou "une simplicité d'usage, avec de deux à cinq minutes de cuisson" côté Carrefour.
Le produit colle donc très bien avec les habitudes des Français qui n'ont plus le temps. C'est simple à faire, à l'eau ou à la poêle et "la cuisson rapide est aussi un bon point en terme de consommation électrique", poursuit la directrice des études de Circana.
Une praticité, mais aussi l'illusion du fait-maison: "Les gnocchis peuvent être accomodés selon vos goûts, il y a une touche de personnalisation et donc de satisfaction", ajoute Emily Mayer.
+57% pour les gnocchis fourrés
L'autre principal moteur du succès des gnocchis, c'est l'innovation, d'après Emily Mayer. La directrice des études de Circana note une hausse de 4% du nombre de références sur un an. Le leader Lustucru s'est par exemple diversifié avec des saveurs au camembert ou à la raclette, qui enregistrent une croissance de 12% par an.
Et les marques de distributeurs ne sont pas en reste. Lidl revendique trois nouvelles références permanentes depuis mars 2025, ainsi que la sortie d'une nouvelle référence fourrée au fromage sous la marque Toque Du Chef. Cette année, Carrefour a aussi accéléré le développement de ses références avec des formats familiaux d'un kilo, au fromage ou encore jambon-fromage.
D'autres marques sont plus audacieuses, comme Saint-Jean, avec ail et fines herbes, mozzarella oignons et chorizo doux. Mousline prévoit également de sortir une version au pesto.
Finalement "en volumes, les références de gnocchis fourrés enregistrent une croissance de 57%, contre 43% pour les simples. C'est un rayon qui grossit, donc ça stimule la demande et permet de parler à un public plus large", pointe Emily Mayer.
Enfin, la texture croustillante des versions poêlées, ainsi que les formes ludiques parfois développées par les marques, comme les étoiles Lustucru, en font un produit qui plaît à tout le monde, enfants comme adultes.
"Moins intéressants lorsqu'ils contiennent des additifs"
D'un point de vue nutritionnel, est-ce que les gnocchis sont tout aussi attractifs? "Comme ils sont à base de farine et de pomme de terre, ce sont des féculents comme les autres", nous glisse Alexandra Tijoux, diététicienne-nutritionniste. Problème: la qualité des produits est très variable selon les marques, avec des Nutri-Score qui oscillent de la lettre B à D.
Les produits deviennent "moins intéressants lorsqu'ils contiennent des additifs et des conservateurs", comme le souligne la nutritionniste. Dans une étude de 60 millions de consommateurs parue en mars 2024, l'association pointait la présence d'amidon transformé de maïs ou de riz, de dextrose ou de protéines de lait, des ingrédients caractéristiques des aliments ultratransformés.
D'où la nécessité de bien lire la liste d'ingrédients. Les gnocchis fourrés sont les plus concernés par ces différentes problématiques et à éviter donc. Attention également à la manière d'agrémenter vos gnocchis: ketchup, fromage râpé, crème, lardons etc. qui peuvent vite faire grimper les calories et les matières grasses.
Finalement, "il faut rester sur une assiette composée de moitié par des légumes, un quart de féculent et un quart de protéines", conseille Alexandra Tijoux. Il est possible d'en consommer une à deux fois par semaine, mais il faut "varier les sources de féculents". Idéalement, il faut faire vos propres gnocchis avec seulement deux ingrédients: pomme de terre cuite et écrasée et de la farine de blé.
Une solution plus économique: 1,25 euro le kilo, contre 5 à 6 euros pour les gnocchis industriels, qui restent malgré tout accessibles. Certaines références se situent sous la barre des deux euros comme celles de Mousline, Carrefour et Lidl.
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